Une heure plus tard, nous n'avions toujours pas bougé. On dirait dit que le temps s'était arrêté. C'était un de ces moments que nous partagions presque tous les jours, mais qui fait tant de bien. Un de ces moments où nous ne faisons que vivre, rien de plus, rien de moins. Un moment où le bonheur est palpable. Un moment qui nous reflète tous les deux, de par sa simplicité et sa douceur.
J'étais toujours là à le regarder, sentant mes yeux pétiller comme le font les bulles d'une boisson gazeuse. Puis, sentant la fatigue s'installer, je décidai de m'approcher et d'aller poser ma tête sur son épaule, une épaule sur laquelle il a toujours été facile de trouver du réconfort. Il souri et comprit sans que je ne lui dise quoi que ce soit que je ne voulais pas qu'il arrête de jouer. Ça me calmait. La fatigue commençant à le gagner lui aussi, il appuya sa tête sur la mienne. On était là, tous les deux, à se concentrer sur le feu et à ne penser à rien d'autre qu'à l'instant présent. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi heureuse, aussi bien en tant que femme. Et je me sentais doublement heureuse car Il avait l'air en paix avec la vie. J'avais retrouvé l'homme que j'aime. J'avais accompli ma mission. C'est vrai ce qu'ils disent : c'est avec les plus petites choses qu'on fait les plus grands bonheurs.
« J'peux pas croire que tu repars déjà dans trois jours » lui lançai-je, à moitié endormie. La tristesse était facilement repérable dans ma voix et il jugea bon de déposer Sa guitare sur son socle, car j'avais probablement plus besoin de lui que Son instrument. C'est alors qu'Il me donna un petit bisou sur la tête en caressant mes cheveux. Il les sentit et resta ainsi pendant un moment, comme s'il ne voulait pas que cela ne se termine. Il se contenta de chuchoter un bref « Moi non plus » qui vint me chercher droit au c½ur. Il avait envie de pleurer, si ce n'était pas déjà fait. Il me rapprocha de lui et me serra dans ses bras. Quelques larmes coulèrent sur mes joues.
Ça faisait bizarre de penser que dans moins de trois jours, nos réalités allaient devenir complètement différentes. Moi la professeure d'anglais qui allait retrouver ses élèves et lui, la « rockstar », qui allait en mettre plein la vue au monde entier. Léger pincement au c½ur. Ce n'était pas la fin du monde, mais je trouvais cela cruel de devoir le laisser partir une fois de plus. Bien sûr, j'allais survivre ; ça allait juste pas être la même chose sans lui.
Tandis que nous laissions le chagrin nous envahir peu à peu, nos mains droites se cherchèrent pour finalement ne former qu'une. Surprise, mon regard se dirigea vers le résultat de ce geste spontané. Dans l'espoir de peut-être trouver une réponse à mes interrogations, je décidai de lever mes yeux vers les siens, où j'en étais déjà leur cible. Des larmes occupaient une partie de ses joues et de ses yeux, ce qui serra immanquablement mon c½ur. Je pris en charge de le lui les enlever, car je n'aurais tout simplement pas supporté. Pour la première fois depuis longtemps, ma tête et mon c½ur étaient d'accord sur le même point : ils refusaient que mon regard ne se pose sur autre chose que sur ces grands yeux brillants. Avec le reflet des flammes, Il était cent fois plus beau.
Dans un rythme relativement constant et ce sans vraiment nous en rendre compte, nos têtes se rapprochèrent de plus en plus. Lorsque finalement on se rendit compte de ce qui était en train de se passer, un soupir se laissa échapper de chaque côté, signe de stress et de fébrilité. Les yeux fixés sur la bouche de l'autre, nous savions qu'il n'y avait plus que quelques secondes qui nous séparaient et que c'était le moment de reculer si on croyait faire une erreur. Nos lèvres se touchèrent, pour ensuite s'unir tendrement. Ce fut incroyable, mais bref. On se regarda encore une fois, un léger sourire en coin. Je me levai, passa ma main dans ses cheveux, pour finalement la faire glisser jusqu'à son visage. Je me penchai vers lui et chuchota un « À demain » plein d'espoir, laissant un doux baiser sur sa joue. Je m'éloignai tranquillement et repartit en directement de chez moi.