# Posté le samedi 04 octobre 2008 22:14

Chapitre un.

Cinq ans. Ça faisait cinq ans que nous n'avions pas eu de discussion censée, autre qu'un minable petit « Salut ! Ça va ? ». Pourtant, nous avions passé le même nombre d'années à partager un amour vrai, inconditionnel, indescriptible, que j'irais même jusqu'à qualifier de parfait. J'ai aimé cet homme, ou plutôt cet adolescent à l'époque, comme je n'ai jamais pu aimer par la suite.

J'avais toujours rêvé de devenir chanteuse ; avoir mes chansons et les propulser à travers le monde. Lui aussi. Il en faisait même son métier à temps partiel. Puis, cette opportunité m'est enfin arrivée. Un contrat avec la prestigieuse maison de disques « Atlantic Record », ça ne se refuse pas. Il m'avait toujours encouragé à réaliser mes rêves. Malheureusement pour nous, je devais quitter notre Ile Bizard, où nous avions cohabité pendant trois ans. Parce que oui, par amour et avec l'immense collaboration de nos parents, nous avions passé la dernière année de notre secondaire ensemble, à la même école, mais nous étions aussi, désormais soudés dans le quotidien. Nous avions vingt ans lorsque le drame est survenu. Dire adieu à ce grand amour fut la chose la plus difficile à laquelle j'ai dû faire face. J'ai pleuré pendant des mois...Juste à y repenser, ça me fait mal...Je ne crois pas m'en être tout à fait remise...

Après quelques années dans le milieu du show-business, j'ai décidé de tirer ma révérence, tout simplement parce que j'avais envie de relever de nouveaux défis, d'avoir une vie normale. Je voulais retourner à l'Ile Bizard pour de bon, tandis qu'Il accomplissait à son tour, le rêve que nous avions en commun.
Menant une petite vie tranquille, j'étais par contre toujours un peu sous l'emprise de ma « célébrité antérieure », si je peux l'appeler ainsi. Raison de plus pour être un oiseau de nuit, moi qui adorait cette ambiance particulière, habitée par la tranquillité. Prendre des marches à ces heures me permettait de me retrouver face à moi-même. Le seul moment où je pouvais voir clair dans mes idées.

J'avais toujours eu l'habitude, depuis que j'étais revenue à Montréal, de prolonger mon trajet jusqu'à la maison où j'ai tant été heureuse. J'avais beau vouloir me convaincre du contraire, Il me manquait. J'avais besoin de sentir cette présence, si rassurante, même s'Il était à l'autre bout du monde. Un premier amour, ça ne s'oubli pas...surtout pas un comme le nôtre.

C'était un samedi soir d'automne comme les autres. J'avais décidé, comme à tous les jours, d'aller marcher, question de permettre à mon corps et à mon esprit de se vider de tout négativisme, avant d'aller dormir. Suivant mon chemin habituel, quelque chose attira mon attention lorsque je suis arrivée devant mon ancienne maison. Il n'y avait aucune voiture dans la cour, excepté cette Jetta noire, qui ressemblait étrangement à Sa voiture.

# Posté le mercredi 27 août 2008 14:52

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 00:19

Chapitre deux.

Sans faire un pas de plus, j'observais la scène d'où j'étais afin d'en avoir le c½ur net. C'est alors que mon c½ur fit trois tours. Il sortit de la maison pour aller à Sa voiture et y débarquer quelque chose. On aurait dit des valises.

Après plusieurs secondes d'obstination avec moi-même, je me suis enfin décidée à avancer dans Sa direction, question d'aller lui parler et d'essayer de rattraper un peu de temps perdu. Les mains dans les poches de ma veste, je réalisais que plus j'avançais, plus Il était proche de moi, ce qui n'était pas arrivé depuis des années. Mon regard s'illumina à cette pensée. Je lui lançai un petit « Hey ! » timide, accompagné d'un sourire en coin qui en disait long.

Il parut d'abord très surpris de ma présence dans sa cour, mais il ne lui fallu que peu de temps avant de me prendre dans ses bras et de me dire à quel point c'était bon de me revoir. Nos regards se sont croisés pour la première fois. Malaise.

Appuyés sur sa Jetta, nous parlions sans vraiment dire grand-chose. Je l'observais du coin de l'½il regarder à l'horizon. Il avait l'air triste. Je l'étais aussi, puisque tout ce qu'Il a vécu et vit encore m'a toujours affecté. Par contre, je n'osais rien dire pour le moment, par peur de ne pas trouver les bons mots, comme avant. Après être sorti de Sa lune, Il m'invita à rentrer afin de pouvoir s'asseoir et boire un bon chocolat chaud, puisque je ne bois pas de café, et il s'en souvenait.

Je n'avais pas mis les deux pieds dans la maison que j'ai réalisé à quel point ça m'avait manqué. Tout, mais absolument tout était pareil. Même son odeur particulière, que je n'ai jamais retrouvée à nulle part ailleurs. Cela m'a évidemment très ému ; c'était beaucoup d'émotions fortes dans la même journée.
Étant occupée à regarder autour de moi avec une certaine nostalgie, je n'ai pas tout de suite remarqué qu'Il était appuyé sur le comptoir de la cuisine, la tête basse et qu'Il pleurait. Inquiète, je me suis précipitée à Ses côtés et j'ai déposé ma main sur Son dos pour lui signifier ma présence. C'est à ce moment que je me suis résolue à lui demander ce qui se passait, si je ne voulais pas pleurer à mon tour. Il finit par relever la tête et m'avouer que les choses n'allaient pas vraiment bien pour Lui : Il venait de rompre avec Sa copine des dernières années et avait appris qu'un des membres de Sa famille était atteint d'une maladie grave et qu'il pouvait y passer. D'où le besoin immédiat de prendre des vacances, de se ressourcer à la maison familiale et ce seul, afin d'être capable de faire la paix avec tout cela.
Je n'avais pas envie de lui souffler une réponse clichée tel un « J'suis désolée ! », alors je me suis contentée de Le serrer très fort dans mes bras en l'encourageant à pleurer, car cette peine devait sortir un jour ou l'autre de toute façon. Je n'avais surtout pas envie de Le laisser faire face à ces épreuves tout seul. Probablement parce que la dernière fois que je l'ai vu pleurer ainsi, c'était lors de notre séparation...
Lorsque l'orage fut terminé, Il se redressa et essuya Ses yeux rougis d'une main. Et là, lueur d'espoir, Il me fit un sourire sincère et toucha furtivement mon nez avec son index pour me faire rire et ainsi alléger l'atmosphère. C'est dans ce moment de rigolade que nos regards se sont croisés pour la deuxième fois. Deuxième malaise. J'ai alors compris que j'avais réussi à regagner Sa confiance. Mais est-ce que je l'avais vraiment déjà perdue ?
On pu finalement prendre notre chocolat chaud avec l'esprit tranquille. Fous rires, complicité, souvenirs et discussions étaient à l'ordre du jour (ou je devrais plutôt dire de la nuit). On s'est bien vite rendus compte qu'on en avait manqué des grands bouts dans la vie de l'autre. Mais ce n'était pas bien grave ; le moment présent était plus important que tout le reste.

Ce n'est qu'aux petites heures du matin que je suis allée dormir, après une longue accolade qui n'aurait jamais dû se terminer. Pendant le chemin de retour, mon cellulaire vibra dans ma poche. « I Missed U » était inscrit. Je ne pu m'empêcher de sourire. Couché dans Son lit, les yeux au plafond, Il sursauta lorsque Son téléphone poussa un cri strident, mais éclata de rire lorsqu'il vu mon message : « I Missed U 2. J'te préviens, t'en a pas fini avec moi ! »

# Posté le mercredi 27 août 2008 15:48

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 00:17

Chapitre trois.

Cela faisait maintenant quelques jours qu'Il était rentré à la maison et déjà, tout était revenu comme avant. Je veux dire, tout était normal, excepté la sensation qui habitait le creux de mon ventre à chaque fois qu'Il cherchait mon regard. Sinon, tout allait très bien ! Évidemment, je L'aimais encore. Ce sera toujours ainsi. C'est ça un premier amour. Mais j'avais pris la décision de laisser aller les choses, de ne pas m'y accrocher. Si nous avions à être ensemble, la vie s'arrangerait pour nous réunir, d'une manière ou d'une autre.
Nous passions le plus clair de notre temps tous les deux. Sports, soupers, spectacles et soirées cinéma faisaient partie de notre emploi du temps qui, je dois dire, n'était souvent réservé qu'à l'autre. C'était génial de retrouver la personne qui me comprend le plus au monde, avec qui je partage les mêmes intérêts et sans qui je ne serais probablement pas celle que je suis aujourd'hui. Mon âme s½ur, quoi.

Depuis que l'on se connaît, c'est-à-dire depuis presque dix ans, la musique a toujours pris une place importante dans nos vies. Composer ensemble constituait notre petit moment de bonheur, notre moment juste à nous. J'étais la reine des mots et Lui, le roi de la mélodie. On pouvait passer des heures à travailler sur une chanson dont seulement nous seuls en connaissait finalement l'existence. C'était notre petit jardin secret. On était complices jusque dans les moindres petits arrangements musicaux.
Depuis nos retrouvailles, la guitare et le cahier Canada semblaient étrangement effacés de nos préoccupations, même si la musique était une partie intégrante de nos vies. C'était comme si nous ne voulions pas ressasser le passé, par crainte d'être blessés à nouveau. Mais bon, il y avait tellement d'autres choses à faire que c'était loin d'être dramatique. Cela était loin de nous empêcher de passer du bon temps.

Un soir alors que nous étions paisiblement installés devant Son foyer, la magie d'autrefois refit surface. Prenant place aux opposés du divan, nous fixions le feu sans rien dire. Il y avait de ces moments où nous n'avions pas besoin de parler ; seule la présence de l'autre suffisait. Soudain, Il s'étira le bras et y agrippa Sa guitare pour commencer à improviser une certaine musique d'ambiance. Sur la table à côté de moi se trouvait un de ces fameux cahiers indémodable qui ne demandait qu'à ce que je l'utilise. Ce que je fis, car j'ai toujours aimé écrire. Sur n'importe quoi. Cependant, le syndrome de la page blanche m'attaqua de plein fouet. Les jambes recroquevillées sur moi-même, le cahier sur mes cuisses, le crayon dans la bouche, je cherchais désespérément de quoi m'alimenter. C'est alors que j'ai posé mes yeux sur Lui, enfoncé dans le sofa, la cheville droite reposant sur Son genou gauche, simplement concentré sur le feu et jouant de la guitare par automatisme. Un sourire illumina mon visage. Il était tellement beau.
Je me laissai ensorceler par sa douce mélodie et rapidement, plusieurs mots vinrent se coucher sur les pages de mon cahier. Lorsque je n'avais plus d'inspiration, je n'avais qu'à le regarder et ça repartait. Cela dura certainement une heure. Une heure où nous ne nous disions encore et toujours rien.

# Posté le mercredi 27 août 2008 15:51

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 00:17

Chapitre quatre.

Une heure plus tard, nous n'avions toujours pas bougé. On dirait dit que le temps s'était arrêté. C'était un de ces moments que nous partagions presque tous les jours, mais qui fait tant de bien. Un de ces moments où nous ne faisons que vivre, rien de plus, rien de moins. Un moment où le bonheur est palpable. Un moment qui nous reflète tous les deux, de par sa simplicité et sa douceur.

J'étais toujours là à le regarder, sentant mes yeux pétiller comme le font les bulles d'une boisson gazeuse. Puis, sentant la fatigue s'installer, je décidai de m'approcher et d'aller poser ma tête sur son épaule, une épaule sur laquelle il a toujours été facile de trouver du réconfort. Il souri et comprit sans que je ne lui dise quoi que ce soit que je ne voulais pas qu'il arrête de jouer. Ça me calmait. La fatigue commençant à le gagner lui aussi, il appuya sa tête sur la mienne. On était là, tous les deux, à se concentrer sur le feu et à ne penser à rien d'autre qu'à l'instant présent. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi heureuse, aussi bien en tant que femme. Et je me sentais doublement heureuse car Il avait l'air en paix avec la vie. J'avais retrouvé l'homme que j'aime. J'avais accompli ma mission. C'est vrai ce qu'ils disent : c'est avec les plus petites choses qu'on fait les plus grands bonheurs.

« J'peux pas croire que tu repars déjà dans trois jours » lui lançai-je, à moitié endormie. La tristesse était facilement repérable dans ma voix et il jugea bon de déposer Sa guitare sur son socle, car j'avais probablement plus besoin de lui que Son instrument. C'est alors qu'Il me donna un petit bisou sur la tête en caressant mes cheveux. Il les sentit et resta ainsi pendant un moment, comme s'il ne voulait pas que cela ne se termine. Il se contenta de chuchoter un bref « Moi non plus » qui vint me chercher droit au c½ur. Il avait envie de pleurer, si ce n'était pas déjà fait. Il me rapprocha de lui et me serra dans ses bras. Quelques larmes coulèrent sur mes joues.

Ça faisait bizarre de penser que dans moins de trois jours, nos réalités allaient devenir complètement différentes. Moi la professeure d'anglais qui allait retrouver ses élèves et lui, la « rockstar », qui allait en mettre plein la vue au monde entier. Léger pincement au c½ur. Ce n'était pas la fin du monde, mais je trouvais cela cruel de devoir le laisser partir une fois de plus. Bien sûr, j'allais survivre ; ça allait juste pas être la même chose sans lui.

Tandis que nous laissions le chagrin nous envahir peu à peu, nos mains droites se cherchèrent pour finalement ne former qu'une. Surprise, mon regard se dirigea vers le résultat de ce geste spontané. Dans l'espoir de peut-être trouver une réponse à mes interrogations, je décidai de lever mes yeux vers les siens, où j'en étais déjà leur cible. Des larmes occupaient une partie de ses joues et de ses yeux, ce qui serra immanquablement mon c½ur. Je pris en charge de le lui les enlever, car je n'aurais tout simplement pas supporté. Pour la première fois depuis longtemps, ma tête et mon c½ur étaient d'accord sur le même point : ils refusaient que mon regard ne se pose sur autre chose que sur ces grands yeux brillants. Avec le reflet des flammes, Il était cent fois plus beau.
Dans un rythme relativement constant et ce sans vraiment nous en rendre compte, nos têtes se rapprochèrent de plus en plus. Lorsque finalement on se rendit compte de ce qui était en train de se passer, un soupir se laissa échapper de chaque côté, signe de stress et de fébrilité. Les yeux fixés sur la bouche de l'autre, nous savions qu'il n'y avait plus que quelques secondes qui nous séparaient et que c'était le moment de reculer si on croyait faire une erreur. Nos lèvres se touchèrent, pour ensuite s'unir tendrement. Ce fut incroyable, mais bref. On se regarda encore une fois, un léger sourire en coin. Je me levai, passa ma main dans ses cheveux, pour finalement la faire glisser jusqu'à son visage. Je me penchai vers lui et chuchota un « À demain » plein d'espoir, laissant un doux baiser sur sa joue. Je m'éloignai tranquillement et repartit en directement de chez moi.

# Posté le dimanche 12 octobre 2008 00:14